Éthique
Quelles sont les règles de l’urbex ?
Publié par Urbex Legends le
« Take nothing but pictures, leave nothing but footprints » demande de ne rien emporter ni ajouter au lieu. En France, soustraire frauduleusement le bien d’autrui constitue un vol ; dégrader ou taguer peut être sanctionné selon les faits. Ne révèle pas de coordonnées ou d’indications d’accès sensibles.
Informations générales, sourcées et datées. Les cas cités ne couvrent pas toutes les aggravations ou récidives. Ce texte n’est pas une consultation juridique et il n’a pas été relu par un avocat.
D’où vient « take nothing but pictures, leave nothing but footprints » ?
Des parcs nationaux américains, et pas de l’urbex.
La plus ancienne trace imprimée documentée date du 8 juillet 1954 : un journal du Missouri, The Cameron Sun, relève la phrase sur un panneau de musée au Bandelier National Monument, au Nouveau-Mexique. Quatre ans plus tard, le 6 octobre 1958, The Atlanta Constitution la retrouve au Walnut Canyon National Monument, en Arizona, sous la forme « Take Nothing but Pictures, Leave Only Your Footprints ». En avril 1960, Conrad L. Wirth, alors directeur du National Park Service, la publie dans le magazine Boys’ Life.
Son auteur reste inconnu. Le service des parcs nationaux ne l’a pas signée : il l’a affichée, et c’est cette signalétique qui l’a diffusée.
Un troisième membre s’y est ajouté plus tard, « kill nothing but time », attribué au Baltimore Grotto, un club de spéléologie affilié à la National Speleological Society. L’attribution vient du relevé de citations de Barry Popik, qui la trouve dans Caves of Maryland, publié en 1971 par le Maryland Geological Survey. Nous n’avons pas lu l’ouvrage lui-même : cette paternité-là est rapportée, pas vérifiée à la source.
Une attribution circule et ne tient pas : celle au chef Seattle. Le discours écologiste qu’on lui prête a été écrit par Ted Perry en 1971 pour le film Home, et attribué au chef Seattle par le producteur du film.
L’urbex a donc hérité d’une règle de conservation affichée pour des visiteurs de parcs nationaux, puis reprise par des spéléologues. Son origine est une politique de gestion de site, pas un mot d’ordre de communauté.
Que demande exactement la maxime ?
Deux retenues symétriques, l’une sur ce qui sort du lieu, l’autre sur ce qui y entre.
Ne rien soustraire au lieu. Aucun objet, aucun matériau, aucun fragment, aucun « souvenir ». Ne rien y ajouter. Aucune inscription, aucun déchet, aucune modification du bâti, aucune trace de son passage autre que celles qui s’effacent.
Les six règles publiées par le site développent ces deux principes. La section suivante les reprend une par une.
La maxime est l’abrégé d’un corpus plus large. Le Leave No Trace Center for Outdoor Ethics publie sept principes, repris et diffusés par le National Park Service, qui les rattache à des travaux du US Forest Service, du National Park Service et du Bureau of Land Management au milieu des années 1980. Deux de ces sept principes portent directement l’idée : « Leave What You Find » et « Be Considerate of Other Visitors ». Les conditions d’utilisation d’Urbex Legends nomment ce principe et s’y rattachent explicitement.
Quelles sont les six règles de la communauté ?
Les règles de la page Éthique encadrent les comportements, sans remplacer le droit d’accès. Le tableau rapproche ces principes de certains textes français.
| La règle | Ce qu’elle interdit | Le texte français correspondant |
|---|---|---|
| Ne rien prendre | Aucun objet, aucun souvenir, aucun « trophée » | Vol, code pénal art. 311-1 et 311-3 |
| Ne rien casser | Portes forcées, fenêtres brisées, murs dégradés | Dégradation, code pénal art. 322-1 |
| Ne rien tagger | Graffiti, signature, marquage | Code pénal art. 322-1 (second alinéa pour les façades) ou R635-1 |
| Pas de partage public des coordonnées | Réseaux sociaux, cartes publiques, vidéos | Aucun. C’est une règle communautaire, pas une infraction |
| Respecter les habitants | Un squatteur, une personne sans abri, un ferrailleur sont des personnes | Aucun texte spécifique ; le droit commun s’applique |
| Pas d’urbex « performatif » | Prendre des risques pour progresser ou rivaliser | Aucun. C’est une règle de comportement |
Trois de ces six règles ne renvoient à aucune infraction spécifique. Elles restent des règles, et ce sont même celles qui décident de la survie d’un lieu : le droit pénal sanctionne ce qui a été cassé ou emporté, il ne dit rien de ce qui a été publié.
La dernière règle appelle une précision, parce qu’elle se lit mal. Elle vise la compétition entre explorateurs, pas le fait d’être accompagné : sur le nombre de personnes, la règle qui s’applique est celle de la page Sécurité et de notre guide sur les risques, jamais seul et toujours avec un tiers prévenu de l’heure de retour.
Qu’est-ce qui sépare un explorateur d’un pillard ?
Le geste, pas l’intention déclarée. Et chaque geste porte un nom dans le code.
Un explorateur regarde, photographie et repart. Un pillard emporte, découpe, creuse ou revend. La frontière ne se situe pas dans la manière de raconter la sortie ; elle se situe dans ce qui a quitté le lieu.
Les lignes suivantes présentent les peines prévues pour les cas décrits, sans couvrir toutes les circonstances aggravantes ni la récidive. La qualification dépend des faits ; les peines encourues ne sont pas automatiquement prononcées. Les classes de contraventions renvoient à l’article 131-13 du code pénal.
| Le geste | Texte | Peine prévue pour ce cas |
|---|---|---|
| Utiliser un détecteur pour rechercher des objets intéressant l’histoire, la préhistoire, l’art ou l’archéologie sans l’autorisation requise ou sans en respecter les prescriptions | Code du patrimoine, art. L542-1 et R544-3 | contravention de 5e classe, 1 500 € hors récidive prévue |
| Tracer une inscription, un signe ou un dessin sur une façade, sans autorisation préalable, quand il n’en résulte qu’un dommage léger | Code pénal, art. 322-1 al. 2 | 3 750 € et travail d’intérêt général |
| Réaliser des fouilles ou sondages archéologiques sans autorisation, contrairement à celle-ci ou après son retrait | Code du patrimoine, art. L544-1 | 7 500 € |
| Casser, brûler, détériorer | Code pénal, art. 322-1 | 2 ans et 30 000 € |
| Emporter un objet | Code pénal, art. 311-1 et 311-3 | 3 ans et 45 000 € |
| Détenir, transmettre ou tirer profit d’un bien en sachant qu’il provient d’un crime ou d’un délit | Code pénal, art. 321-1 | 5 ans et 375 000 € |
| Emporter un objet mobilier classé ou inscrit, une découverte archéologique, un bien d’un musée, d’une bibliothèque, d’un service d’archives ou d’un édifice affecté au culte | Code pénal, art. 311-4-2 | 7 ans et 100 000 € |
| Dégrader un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques | Code pénal, art. 322-3-1 | 7 ans et 100 000 € |
Une précision sur le tag, parce que le texte est plus étroit qu’on ne le croit. Le second alinéa de l’article 322-1 vise les inscriptions tracées sur les façades, les véhicules, les voies publiques et le mobilier urbain. Une inscription tracée à l’intérieur d’un bâtiment relève du premier alinéa, ou de l’article R635-1 du code pénal quand il n’en résulte qu’un dommage léger : contravention de 5e classe, 1 500 euros.
Des circonstances aggravantes peuvent porter les peines patrimoniales citées à dix ans et 150 000 euros ; les textes prévoient aussi un montant d’amende lié à la valeur du bien.
Le recel suppose la connaissance de l’origine illicite. Détenir, transmettre ou tirer profit d’un bien en sachant qu’il provient d’un crime ou d’un délit peut relever de l’article 321-1. Sa forme simple est punie de cinq ans et 375 000 euros. Les biens culturels volés peuvent être recherchés par l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels, notamment à partir des plaintes et de la base TREIMA.
L’abandon apparent ne prouve pas l’absence de propriétaire. Il n’autorise pas à emporter des objets ; la propriété du bâtiment ne suffit pas non plus à établir celle de tout ce qu’il contient.
Que faire quand on trouve un objet ancien ?
Le déclarer. C’est une obligation, et elle pèse sur celui qui trouve.
L’article L531-14 du code du patrimoine vise les monuments, ruines, substructions, mosaïques, éléments de canalisation antique, vestiges d’habitation ou de sépulture anciennes, inscriptions, et plus largement les objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art, l’archéologie ou la numismatique. Lorsqu’ils sont mis au jour, « l’inventeur de ces vestiges ou objets et le propriétaire de l’immeuble où ils ont été découverts sont tenus d’en faire la déclaration immédiate au maire de la commune, qui doit la transmettre sans délai au préfet ».
Le mot que le code emploie mérite d’être retenu : l’inventeur, c’est-à-dire celui qui a trouvé. Le texte lui reconnaît un rôle et lui assigne un devoir dans le même mouvement.
Deux gestes voisins tombent sous des textes distincts, indépendamment de ce qu’on emporte ensuite. L’usage d’un détecteur de métaux pour rechercher des objets intéressant la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie exige une autorisation administrative préalable (art. L542-1), et s’en passer est une contravention de 5e classe (art. R544-3). Réaliser des fouilles ou sondages archéologiques sans autorisation, contrairement à celle-ci ou après son retrait expose à 7 500 euros d’amende (art. L544-1).
Pourquoi une coordonnée ne se partage-t-elle pas publiquement ?
Parce qu’une coordonnée publiée transforme un lieu fragile en destination, et que la destination attire autre chose que des photographes.
Le Sénat s’est saisi du sujet. Dans sa question écrite n° 07250, publiée le 15 juin 2023, le sénateur Bruno Rojouan écrit que certaines vidéos d’exploration « ont incité des personnes malveillantes, qui avaient repéré des tableaux ou autres objets de valeur, à s’introduire dans les lieux filmés pour y dérober ces biens », et cite le cambriolage du château de Steene, dans le Nord, en 2019. Ce lien de cause à effet est son analyse, pas celle du gouvernement.
La réponse du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, publiée le 7 décembre 2023, apporte les faits. Elle relève que la pratique « est souvent accompagnée de vols avec effraction et/ou en réunion, ainsi que de dégradations et de destructions », et donne un ordre de grandeur : en 2022, 94 procédures faisant référence à de « l’urbex » ont été initiées en zone de compétence gendarmerie, dont 37 % ont été résolues. Le chiffre ne couvre que la zone gendarmerie ; il ne dit rien de la zone police.
La règle vaut au-delà de l’urbex. Le Leave No Trace Center for Outdoor Ethics a publié en 2018 des recommandations sur les réseaux sociaux dont la première tient en trois mots, tag your photos thoughtfully : peser ce qu’implique de laisser une géolocalisation exacte dans une publication, et préférer une échelle large.
Une photographie documente un lieu ; une coordonnée y conduit. Le site publie la première et retient la seconde, et c’est aussi ce que la règle communautaire demande à ses membres.
Le code éthique remplace-t-il la loi ?
Non. Ils ne couvrent pas le même terrain.
Les réponses ministérielles de 2020 et de mars 2023 citées ici décrivent les textes de leur époque. Notre guide juridique tient aussi compte de la loi du 27 juillet 2023 sur le domicile et certains locaux. Ces références ne créent aucun droit d’entrée.
L’absence d’infraction spécifique n’est pas une autorisation, et le détail des textes applicables se lit dans notre guide sur la légalité de l’urbex en France.
Le code éthique commence là où le code pénal s’arrête. Il porte sur ce qu’on fait une fois sur place, sur ce qu’on laisse derrière soi et sur ce qu’on publie ensuite. Un explorateur peut respecter la loi à la lettre et détruire un lieu en le rendant célèbre.
Ce qu’Urbex Legends fait de ce principe
Les fiches publiques anonymes ne donnent pas l’accès exact. Des fonctionnalités réservées aux membres existent sur le site et dans l’application, selon leurs droits. Une information de localisation n’autorise pas l’entrée sur un lieu. Vérifie les conditions d’accès auprès du propriétaire ou du gestionnaire.
Les conditions d’utilisation nomment le principe. Leur paragraphe 6.5 rattache le service au « Leave No Trace », et le paragraphe 6.4 exclut d’encourager ou de faciliter la violation de domicile, l’effraction, « le vol, même mineur, et notamment le retrait d’objets, matériaux ou souvenirs sur un site », ou la dégradation volontaire de biens.
Une localisation n’est pas une autorisation. Respecte les limites de propriété et les conditions fixées par le propriétaire ou le gestionnaire ; ne déduis aucun droit de passage d’un point affiché.
Les conditions prévoient une relecture avant publication. Les propositions de lieux ne valent pas acceptation. Sont prohibés les contenus « mettant en scène ou valorisant la violation de domicile, l’effraction, la dégradation, le vol, le pillage », et ceux « révélant l’emplacement précis d’un point d’entrée, d’une faille structurelle ou d’un moyen d’accès d’une propriété privée ».
La progression ne justifie pas une prise de risque. Ne transforme pas les badges ou tes objectifs personnels en course à l’exploration. Renonce à une visite lorsque l’accès ou la sécurité sont incertains.
Le partage d’une localisation sensible peut faciliter les visites non autorisées et les dégradations. Cette précaution s’applique aussi aux fonctionnalités membres : ne republie pas des indications d’accès.
Questions fréquentes
- Qui a inventé « take nothing but pictures, leave nothing but footprints » ?
- Personne d’identifié. La formule est attestée dès le 8 juillet 1954 dans un journal du Missouri, qui la relève sur un panneau du Bandelier National Monument, puis en 1958 au Walnut Canyon National Monument et en 1960 sous la plume du directeur du National Park Service. Son auteur reste inconnu. Elle n’est pas du chef Seattle : le discours qu’on lui prête a été écrit par Ted Perry en 1971 pour un film.
- Emporter un objet trouvé dans un lieu abandonné, est-ce un vol ?
- L’abandon apparent ne donne pas le droit d’emporter un objet. Le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui (article 311-1). Sa forme simple est punie de trois ans et 45 000 euros ; des circonstances particulières peuvent aggraver les peines.
- Que faire si on trouve un objet ancien dans une ruine ?
- Le déclarer, pas l’emporter. L’article L531-14 du code du patrimoine oblige celui qui met au jour des vestiges ou des objets intéressant l’histoire, l’art ou l’archéologie à en faire la déclaration immédiate au maire de la commune, qui la transmet au préfet.
- Peut-on publier des photos d’un lieu abandonné ?
- Vérifie d’abord tes droits sur l’image et les données qu’elle contient. Une photo peut comporter une position GPS ou des indices visibles. Retire les métadonnées sensibles et contrôle la copie à partager ; ne révèle pas de point d’accès.
- Le code éthique remplace-t-il la loi ?
- Non. Une règle communautaire ne donne aucun droit d’accès et ne remplace pas les textes applicables au lieu. Respecte à la fois les droits des propriétaires, la sécurité et les règles de partage.
Sources
Les dates indiquent les consultations consignées lors de la rédaction. Les sources et les textes peuvent évoluer ; consultez leur version actuelle, notamment pour une question juridique.
- Urbex Legends — Éthique, le code de la communauté — consulté le
- Urbex Legends — conditions générales d’utilisation (art. 6 nature du service, 8 contenus, 9 abonnements) — consulté le
- Quote Investigator — « Take Nothing But Pictures. Leave Nothing But Footprints » (30 mai 2023) — consulté le
- Barry Popik — « Take only pictures, leave only footprints » (relevé de citations datées) — consulté le
- Snopes — Chief Seattle Speech (attribution écartée) — consulté le
- US National Park Service — Leave No Trace Seven Principles — consulté le
- Washington Trails Association — Leave No Trace Releases New Social Media Guidelines (13 juin 2018) — consulté le
- Code pénal, art. 311-1 — définition du vol (Légifrance) — consulté le
- Code pénal, art. 311-3 — peine du vol simple (Légifrance) — consulté le
- Code pénal, art. 311-4-2 — vol d’un bien culturel (Légifrance) — consulté le
- Code pénal, art. 321-1 — recel (Légifrance) — consulté le
- Code pénal, art. 322-1 — destruction, dégradation, détérioration (Légifrance) — consulté le
- Code pénal, art. 322-3-1 — dégradation d’un bien culturel ou d’un monument historique (Légifrance) — consulté le
- Code pénal, art. R635-1 — dégradation n’ayant causé qu’un dommage léger (Légifrance) — consulté le
- Code pénal, art. 131-13 — montant des amendes contraventionnelles (Légifrance) — consulté le
- Code du patrimoine, art. L531-14 — découverte fortuite et déclaration (Légifrance) — consulté le
- Code du patrimoine, art. L542-1 — utilisation d’un détecteur de métaux (Légifrance) — consulté le
- Code du patrimoine, art. R544-3 — sanction de la détection sans autorisation (Légifrance) — consulté le
- Code du patrimoine, art. L544-1 — fouilles ou sondages sans autorisation (Légifrance) — consulté le
- Ministère de la Culture — l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels et la base TREIMA — consulté le
- Assemblée nationale, question écrite n° 22942 (Caroline Janvier) — réponse du ministère de l’Intérieur publiée le 16 juin 2020 — consulté le
- Assemblée nationale, question écrite n° 4479 (Yannick Monnet) — réponse du ministère de la Justice publiée le 14 mars 2023 — consulté le
- Sénat, question écrite n° 07250 (Bruno Rojouan), publiée le 15 juin 2023 — réponse du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer publiée le 7 décembre 2023 — consulté le