Méthode
Comment trouver des lieux abandonnés légalement ?
Publié par Urbex Legends le
Les lieux abandonnés se cherchent dans des bases publiques, pas dans des groupes privés : Cartofriches recense les friches, POP le patrimoine protégé, Géorisques les anciens sites industriels, Remonter le temps montre ce qui a disparu. Le cadastre identifie la parcelle, un formulaire fiscal identifie le propriétaire, et seul lui peut autoriser une visite.
Où cherche-t-on, en vrai ?
Dans des bases publiques. L’État, les collectivités et les établissements publics recensent depuis longtemps les friches, les monuments, les anciens sites industriels et les bâtiments protégés ; ces inventaires sont consultables gratuitement et, pour plusieurs d’entre eux, téléchargeables en données ouvertes.
C’est la différence de méthode avec la recherche par bouche-à-oreille : une base publique dit ce qu’est un lieu, à qui il appartient parfois, et ce qui s’y est passé. Un groupe privé donne une position et rien d’autre.
| Base | Ce qu’on y trouve | Producteur |
|---|---|---|
| Cartofriches | Espaces artificialisés et inoccupés recensés à l’échelle nationale, avec leur contexte foncier | Cerema, pour le ministère de la Transition écologique |
| POP, plateforme ouverte du patrimoine | Monuments historiques et inventaire général : notices Mérimée, objets Palissy, photographies Mémoire | Ministère de la Culture |
| Géorisques | Anciens sites industriels et activités de service, sols pollués ou potentiellement pollués | BRGM et ministère de la Transition écologique |
| Remonter le temps | Cartes anciennes et photographies aériennes de 1950 à aujourd’hui, superposables | IGN |
| FranceArchives | Portail des archives nationales, départementales et communales | Ministère de la Culture |
| Gallica | Presse ancienne, cartes, plans, photographies numérisés | Bibliothèque nationale de France |
| OpenStreetMap et Wikidata | Attributs déclarés par des contributeurs : usage, date de construction, état | Communautés OSM et Wikidata |
Cartofriches : l’inventaire national des friches
C’est la base la plus directement utile, et la moins connue. Le Cerema la produit à la demande du ministère de la Transition écologique pour aider les collectivités et les porteurs de projet à localiser et caractériser les friches en vue de leur réemploi.
Elle se consulte en ligne sur une carte, et le jeu de données est publié sur data.gouv.fr sous Licence Ouverte 2.0, avec des mises à jour trimestrielles. Chaque site y porte sa localisation, sa parcelle, le type de propriétaire, l’état de pollution connu et le droit des sols applicable.
Le Cerema est explicite sur une limite qu’il faut reprendre : l’inventaire ne prétend pas être exhaustif. La couverture dépend des observatoires locaux qui l’alimentent, et elle est inégale selon les territoires.
Cartes et photographies anciennes
Remonter le temps, le comparateur de l’IGN, superpose la carte d’aujourd’hui, les photographies aériennes des années 1950 à 2000 et les cartes d’état-major du XIXe siècle.
Son intérêt tient en une phrase : ce qui figure sur une vue de 1965 et plus sur celle de 2020 a disparu ou a été abandonné. Un ensemble de bâtiments qui apparaît sur les trois campagnes, sans voirie récente autour, sans toiture nette à la dernière prise de vue, se repère à l’œil.
Le même outil sert à comprendre le contexte : une usine se lit avec son embranchement ferroviaire, un sanatorium avec son parc, une caserne avec son champ de manœuvre.
Archives et presse locale
Une fois le lieu identifié, ce sont les archives qui racontent ce qu’il était.
FranceArchives donne accès aux inventaires des archives nationales, départementales et communales. Les archives départementales conservent les dossiers d’urbanisme, les plans, les cadastres napoléoniens et les fonds d’entreprises. Gallica, à la BnF, met en ligne la presse ancienne : la fermeture d’une usine, l’incendie d’un château, la construction d’un hôpital laissent une trace écrite datée.
C’est ce matériau qui distingue une fiche documentée d’une photo sans légende. C’est aussi, souvent, ce qui donne le nom du dernier propriétaire connu.
Comment savoir à qui appartient un lieu
Deux étapes, l’une gratuite, l’autre encadrée.
- Identifier la parcelle. Le plan cadastral se consulte librement sur cadastre.gouv.fr. On y relève la commune, la section et le numéro de parcelle.
- Demander l’extrait de matrice cadastrale. Cette référence permet de demander au service des impôts fonciers un relevé de propriété, avec le formulaire 6815-EM-SD (Cerfa n° 11565*04). Pour les mutations postérieures à 1956, le service de la publicité foncière délivre également les renseignements sur les propriétaires successifs.
La délivrance à un tiers est encadrée, et il faut le savoir avant de commencer : le relevé remis à quelqu’un qui n’est pas le propriétaire est expurgé des dates et lieux de naissance, des références au conjoint et des exonérations liées à la personne. Les demandes doivent rester ponctuelles : cinq par semaine et dix par mois civil au même service. Notaires, géomètres-experts et avocats sont dispensés de mandat ; les autres non.
Ces règles ne sont pas des formalités. Elles disent ce que le fichier foncier est : un outil fiscal, pas un annuaire.
Comment demander une autorisation
C’est la seule démarche qui donne un droit d’accès. Elle tient en une lettre ou un courriel, et elle aboutit plus souvent qu’on ne l’imagine quand la demande est précise et l’intention lisible.
Une demande complète contient :
- Qui vous êtes : nom, moyen de contact, et le cas échéant le collectif ou l’association.
- Ce que vous demandez : accès à tel bâtiment, telle date, telle plage horaire, nombre de personnes.
- Pourquoi : documenter, photographier, relever un état avant travaux. Une intention claire vaut mieux qu’une formule vague.
- Votre assurance : une attestation de responsabilité civile, jointe à la demande. C’est ce qui lève l’objection principale du propriétaire.
- Ce que vous vous engagez à faire : ne rien déplacer, ne rien emporter, ne publier aucune position, transmettre les photographies si elles l’intéressent.
- Une réponse écrite. Un accord verbal ne prouve rien devant un gendarme. Un courriel de deux lignes, oui.
Si le propriétaire est une commune, la demande passe par la mairie ; s’il s’agit d’une entreprise, par son service immobilier ou son gestionnaire de site. Un refus est un refus : il ferme le sujet, il ne le déplace pas.
Il existe enfin des accès qui ne demandent aucune démarche : les Journées européennes du patrimoine, les visites organisées par les propriétaires, les associations de sauvegarde et les chantiers de bénévoles ouvrent chaque année des sites qui restent fermés le reste du temps.
Ce que la communauté apporte
Un inventaire public dit qu’un bâtiment existe. Il ne dit pas s’il est encore debout, s’il a été muré le mois dernier, ni s’il a été racheté.
C’est ce que des contributions vérifiées apportent : un état constaté, une date, un type, une région. Sur Urbex Legends, chaque lieu est proposé par un membre puis relu par la modération avant d’être publié ; les pages publiques du site en donnent le nom, le type, l’état et la zone administrative, et les compteurs par région et par type se lisent directement sur les pages de catégorie.
Ce qu’il ne faut pas faire
- Publier une position. Une coordonnée diffusée transforme un lieu fragile en destination, et le ferme pour tout le monde en quelques mois.
- Oublier les métadonnées d’une photo. Un fichier image transporte ses données EXIF, dont la position GPS enregistrée par le téléphone. Publier la photo telle quelle publie la coordonnée. L’application purge ces métadonnées avant l’envoi ; ailleurs, il faut le faire soi-même.
- Forcer quoi que ce soit. Une porte fermée, une fenêtre intacte, une clôture debout sont une réponse. Ce que la loi française sanctionne exactement est détaillé dans notre guide sur la légalité.
- Emporter un objet. Ce qui reste dans un lieu appartient toujours à quelqu’un, et un objet retiré de son contexte perd ce qu’il documentait.
Ce que compte le catalogue
Au moment où cette page a été générée, le catalogue public d’Urbex Legends comptait 15 207 lieux validés par la modération, répartis sur 44 pays, dont 2 098 en France. Ces nombres sont lus dans le catalogue, pas recopiés : ils bougent à chaque révision de la page.
Questions fréquentes
- Existe-t-il une base publique des lieux abandonnés en France ?
- Oui, pour les friches. Cartofriches, produit par le Cerema à la demande du ministère de la Transition écologique, recense les espaces artificialisés inoccupés ; le jeu de données est publié sur data.gouv.fr en Licence Ouverte 2.0 et mis à jour trimestriellement. Le Cerema précise qu’il n’est pas exhaustif.
- Comment savoir à qui appartient un bâtiment abandonné ?
- Le plan cadastral, consultable librement, donne la référence de la parcelle. Cette référence permet de demander un extrait de matrice cadastrale au service des impôts fonciers, avec le formulaire 6815-EM-SD. La délivrance à un tiers est encadrée : cinq demandes par semaine et dix par mois civil au même service.
- Comment demander l’autorisation de visiter un lieu privé ?
- Par écrit, au propriétaire identifié, en donnant son identité, la date et l’heure souhaitées, le nombre de personnes, l’objet de la visite et une attestation d’assurance responsabilité civile. Une réponse écrite, même par courriel, est la seule preuve d’autorisation qui vaille devant un contrôle.
- Pourquoi Urbex Legends ne publie-t-il pas les coordonnées ?
- Parce qu’une coordonnée diffusée transforme un lieu fragile en destination. Le site nomme un lieu, le situe à l’échelle du département et le décrit ; la position exacte se débloque dans l’application, auprès de personnes qui ont accepté les règles de la communauté.
- Une photo peut-elle trahir un lieu ?
- Oui. Un fichier image transporte ses métadonnées EXIF, dont la position GPS enregistrée par le téléphone. Publier la photo telle quelle publie la coordonnée. L’application purge ces métadonnées avant l’envoi ; ailleurs, il faut les retirer soi-même.
Sources
Chaque source ci-dessous a été ouverte et vérifiée à la date indiquée. Les textes de loi sont cités depuis Légifrance dans leur version en vigueur à cette date.
- Cerema — Cartofriches, sites référencés dans l’inventaire national des friches (data.gouv.fr, Licence Ouverte 2.0) — consulté le
- Cerema — Cartofriches, application de consultation — consulté le
- Ministère de la Culture — POP, plateforme ouverte du patrimoine (bases Mérimée, Palissy, Mémoire) — consulté le
- Ministère de la Culture — la base Mérimée, patrimoine monumental français — consulté le
- Géorisques (BRGM et ministère de la Transition écologique) — anciens sites industriels et sols pollués — consulté le
- IGN — Remonter le temps, cartes et photographies aériennes historiques — consulté le
- FranceArchives — portail national des archives — consulté le
- Gallica — bibliothèque numérique de la BnF (presse et cartes anciennes) — consulté le
- OpenStreetMap — base de données géographique ouverte (ODbL) — consulté le
- Wikidata — base de connaissances libre (CC0) — consulté le
- cadastre.gouv.fr — consultation du plan cadastral — consulté le
- service-public.gouv.fr — comment obtenir des renseignements immobiliers (fiche vérifiée le 2 juillet 2025) — consulté le
- BOFiP-Impôts, BOI-CAD-DIFF-20-20-10-10 — délivrance de la documentation cadastrale — consulté le
- impots.gouv.fr — formulaire n° 6815-EM-SD (Cerfa n° 11565*04), demande d’extrait de matrice cadastrale — consulté le